Accidents, cambriolages, défibrillateurs : trois cartes et leurs limites
Superposer des données publiques à une carte est facile ; les lire correctement l'est moins. Un point d'accident n'est pas un danger permanent, un taux de cambriolage élevé n'est pas un quartier dangereux, et un défibrillateur enregistré n'est pas forcément accessible cette nuit. Cette page dit ce que contient réellement chaque source, et ce qu'elle ne dit pas.
- Accidents corporels : chaque point est un accident ayant fait au moins une victime, géolocalisé, avec son année et sa gravité. Un historique, pas une prévision.
- Cambriolages : des taux annuels à la maille de carreaux de 200 m, issus des faits enregistrés par les services — mais uniquement pour les 59 villes de plus de 100 000 habitants. Hors de ces villes, la couche est vide. Ni adresse, ni fait individuel.
- Défibrillateurs : la base nationale déclarative des appareils installés, avec leur adresse et, quand elle est renseignée, leur accessibilité.
- Les trois se superposent aux zones de compétence, ce qui permet de raisonner sur un secteur réel plutôt que sur un rond arbitraire.
Les accidents corporels de la circulation
La source est le fichier national des accidents corporels, alimenté par les forces de l'ordre pour chaque accident ayant provoqué au moins une victime, et publié en données ouvertes après consolidation. Chaque enregistrement porte une localisation, une date, la gravité des atteintes et des caractéristiques de l'accident.
Ce que la couche montre bien
Les concentrations. Une intersection qui accumule les points sur plusieurs années dit quelque chose de sa géométrie, de sa visibilité ou de sa vitesse pratiquée. C'est un bon appui pour choisir un emplacement de contrôle routier, préparer un message de prévention, ou justifier une demande d'aménagement auprès d'une collectivité.
Ce qu'elle ne montre pas
Les accidents sans victime — les dégâts matériels seuls n'y sont pas — et le trafic. Une route très fréquentée accumule mécaniquement plus d'accidents qu'un chemin désert : sans rapporter les points au trafic, on compare des choses différentes. Et la géolocalisation d'origine a ses imprécisions : à l'échelle de la rue, un point peut être décalé.
Filtrer sur plusieurs années et regarder les regroupements, pas les points isolés. Un accident unique en cinq ans est un événement ; six accidents au même carrefour est une caractéristique du lieu.
Les cambriolages et la délinquance enregistrée
Ces données proviennent des statistiques de la délinquance enregistrée par la police et la gendarmerie (SSMSI). Ce que la carte affiche est le jeu carroyé : un taux de cambriolages et de tentatives pour 1 000 logements, par carreaux de 200 m et par année. Elles comptent des faits constatés par les services, ce qui a des implications qu'il faut avoir en tête avant d'en tirer une conclusion.
Ce qui est compté
Un fait enregistré suppose qu'il ait été porté à la connaissance des services et enregistré comme tel. Les faits non déclarés n'y sont pas. Une hausse peut donc traduire une hausse réelle, une amélioration du recueil des plaintes, ou une campagne d'incitation au dépôt de plainte — les trois se ressemblent dans un tableau.
La couverture — la vraie limite
Ce jeu carroyé n'est publié que pour les 59 villes de plus de 100 000 habitants. Partout ailleurs — c'est-à-dire sur l'essentiel des secteurs de gendarmerie — la couche n'affiche rien, et c'est normal : la donnée n'existe pas à cette maille en zone rurale ou périurbaine, seuls des comptages communaux sont diffusés. La donnée est par ailleurs annuelle : elle ne dit rien de la saisonnalité ni des horaires, et un carreau de 200 m n'est pas une adresse.
Un carreau peu habité affiche des taux instables : trois faits au lieu d'un font tripler le taux sans que le secteur ait changé. Et comparer un quartier touristique à un quartier résidentiel sur la base de ses logements ignore la population réellement présente.
Les défibrillateurs
La couche s'appuie sur la base nationale des défibrillateurs automatisés externes, constituée des déclarations des exploitants — collectivités, entreprises, établissements recevant du public. Chaque appareil y figure avec sa localisation et, selon le soin apporté à la déclaration, son emplacement précis, ses conditions et horaires d'accès.
C'est la couche la plus directement opérationnelle des trois : en cas d'arrêt cardiaque, la question est « où est le plus proche et puis-je y accéder maintenant ». L'application les affiche autour de la position et peut calculer l'itinéraire.
Un appareil peut avoir été déposé, déplacé, mis hors service, ou se trouver derrière une porte fermée la nuit sans que la base l'indique. En intervention, l'information de la carte est une piste, pas une garantie : le 15 et le 18 restent la référence. Voir aussi le tutoriel secourisme.
Ce que la superposition apporte
Prises séparément, ces trois cartes existent déjà ailleurs. L'intérêt de les réunir tient à deux choses.
D'abord la mise en regard avec les zones de compétence : raisonner sur le secteur réel d'une brigade ou d'une circonscription, et non sur un cercle tracé autour d'une ville. Un point noir accidentogène situé à trois cents mètres d'une limite de zone n'est pas le même problème selon l'unité qui devra l'occuper.
Ensuite l'usage sur le terrain : sur un téléphone, en une manipulation, avec les fonds cartographiques de l'IGN et d'OpenStreetMap, et sans avoir à ouvrir trois portails de données.
Ces trois jeux ne sont pas les seuls disponibles : la carte propose aussi les points d'intérêt, les sites Seveso et les antennes relais. Ils obéissent aux mêmes précautions de lecture — origine déclarative ou administrative, fraîcheur variable. Le tutoriel de la carte passe en revue chaque couche et son réglage.
Les sources exactes, leurs licences et leurs dates de mise à jour sont listées sur la page Sources & licences.
Questions fréquentes
Les données sont-elles à jour ?
Elles suivent le rythme de leurs producteurs, qui n'est pas le même pour les trois : les accidents et la délinquance sont publiés par millésime annuel, avec un décalage de consolidation ; la base des défibrillateurs est mise à jour au fil des déclarations. L'application indique la fraîcheur dont elle dispose plutôt que de laisser croire à du temps réel.
Peut-on voir les cambriolages rue par rue ?
Pas à l'adresse, et aucune source publique ne le permet — c'est voulu, pour ne désigner personne. La maille la plus fine diffusée est un carreau de 200 m, et seulement dans les 59 plus grandes villes ; ailleurs, la diffusion s'arrête à la commune et l'application n'affiche alors rien. Une carte qui prétendrait descendre plus bas extrapolerait.
Ces cartes ont-elles une valeur officielle ?
Non. Vigie Ops est un projet indépendant qui réutilise des données ouvertes : l'affichage n'engage ni les producteurs des données ni aucune administration. Pour un document officiel, il faut repartir de la source.
Est-ce que ça fonctionne sans réseau ?
Partiellement : les fonds de carte déjà consultés et les éléments enregistrés restent disponibles, mais l'interrogation d'une nouvelle zone demande une connexion. C'est l'argument pour préparer ses lieux avant de partir plutôt que sur place.
À lire ensuite
Gendarmerie ou police : qui est compétent sur une commune : la couche à laquelle tout le reste se rapporte.
Le code NATINF : pour la suite, quand le constat devient une qualification.
Regardez votre secteur
Ouvrez la carte, activez les couches qui vous intéressent, et comparez avec ce que vous savez du terrain.